Une crise sanitaire, un révélateur psychosocial

 

 

Le principe d’une crise, c’est qu’elle révèle, qu’elle jette une lumière crue sur ce qui fait déjà partie de notre quotidien, dit ce célèbre chercheur en rhétorique contemporain dans une vidéo actuellement sur le net (Clément Viktorovitch).

Pour l’entreprise et les personnes qui la font vivre, cette crise sanitaire commence avec le confinement et aura certainement un prolongement économique, financier, politique, managérial et social. En effet, elle révèle l’ampleur des dysfonctionnements de notre époque (chaque époque a les siens) qui pèsent notamment sur la santé psychique et physique des personnes au travail. La « période de l’après » dont on commence à parler ouvre des perspectives et des opportunités passionnantes autant qu’inquiétantes… Il est temps de s’engager dans le changement… mais lequel ?

QUE REVELE CETTE CRISE ET L’EXPERIENCE DU CONFINEMENT ?

L’espace familial et l’espace professionnel se superposent

Dans cette période, les activités du foyer doivent alterner avec les activités professionnelles. Parfois même, elles se confondent : C’est votre fils qui vient de s’égratigner le genou en pleine confcall avec le comité de projet, vous devez le rassurer pendant que vous vous excusez auprès de vos interlocuteurs, vous êtes visible dans votre rôle et votre imperfection de parent devant vos collègues et supérieurs… Ce genre de situation est d’une complexité cognitive extrême. Elle peut faire augmenter votre niveau de stress d’une manière excessive, créer un paradoxe entre votre “image de professionnel” et “qui vous êtes dans votre rôle de parent”. Ceci peut se traduire par une confusion de vos pensées et de vos représentations.

Nous devons faire l’école à nos enfants. La responsabilité pédagogique, qui habituellement est déléguée à l’Ecole, se cumule aujourd’hui aux responsabilités liées au travail. L’objectif scolaire de nos enfants se cumule à nos objectifs professionnels. Le sentiment de tout faire mal ou à moitié peut s’emparer de nous et dégrader l’image de soi, engendrer une culpabilité et la frustration de ne pas atteindre ses objectifs.

Le confinement familial est l’occasion de s’impliquer davantage dans ses relations de couple et de parents. Cela peut mettre en relief les fonctionnements relationnels et affectifs de la famille, parfois riches et épanouissants, d’autres fois, défaillants voire toxiques. Ce zoom rapide sur nos foyers, peut amener à des prises de conscience brutales et difficiles à encaisser. Il n’est pas rare que nous fassions l’expérience d’une déstabilisation de la structure familiale. Cette « crise familiale » peut amener à des divorces, à l’augmentation des violences conjugales dans les foyers les plus fragiles.

Le travail est un cadre (psychosocial) très puissant et il ne joue temporairement plus son rôle ou plus de la même manière

Le travail représente souvent un investissement personnel immense en termes de compétences et d’identité. Dans la difficulté de faire son travail comme d’habitude, le sentiment d’être inutile ou insuffisant peut s’installer. Ce qui peut amener à une dévalorisation de soi, une perte de confiance, un sentiment de vide.

Les valeurs d’exigence, d’efficacité voire d’excellence, sont habituellement véhiculées par certains métiers. Elles sont parfois difficiles à concilier avec les conditions dégradées du travail : télétravail, effectifs réduits, manque de moyens… Cela peut conduire à une dévalorisation, un manque d’estime. Pour certains cette situation peut représenter un véritable sevrage de ce que le travail apporte habituellement comme bénéfice pour l’identité, la personnalité.

Pour certains, structurer son temps et ses activités en confinement, peut devenir difficile. Cela mène à une perte de repères, un sentiment de manque d’efficacité, l’impression de “la journée qui file trop vite”, le sentiment d’être dépassé(e) et déboussolé(e).

Dans certaines entreprises, il est parfois difficile de valoriser les nouveaux usages des talents et des compétences des personnes, ce qui pourtant pourrait représenter une véritable reconnaissance pour les personnes. Les mêmes salariés qui exécutaient des processus de travail exigeants, sont aujourd’hui les moteurs de changements d’organisation et de méthodes de travail formidables et enthousiasmants. Reconnaitre des savoir-être comme soutenir des collègues ou donner du sens à la situation et aux changements, est extrêmement important et pourrait se poursuivre dans la « période de l’après »

La nécessité de protéger et se protéger et la notion « d’être utile »

Contaminer ou ne pas contaminer sont des préoccupations qui se surajoutent à nos esprits déjà préoccupés. Quel que soit le processus mis en œuvre – le déni, la culpabilisation, l’application drastique des consignes – la surcharge mentale est effective. Elle peut amener à une pensée confuse, à des comportements en contradiction avec nos habitudes ou nos valeurs. Par exemple : j’ai peur du virus, je fais l’autruche alors je sifflote, sans masque au supermarché. Pourtant je me vis comme une personne qui prend soin des autres et qui est responsable…

Le sentiment d’être utile pour la société est également très présent : trop fort (ex. personnels soignants), il peut mener au surmenage, à la prise de risques… ou trop faible (ex : en chômage partiel) il peut amener un sentiment de vide et d’anxiété. Dans tous les cas cette question va nous « prendre la tête » avec des pensées obsédantes.

Un changement brutal et la peur de l’après

Le fait de devoir changer sa vision du monde d’un jour à l’autre peut créer un sentiment de ne plus savoir quoi penser et donc faire vivre une situation de paradoxe intense avec son lot d’angoisse, de pensées contradictoires et de difficultés à donner un sens au choses.

La production s’arrête, la circulation des personnes et des produits se ralentit, les sphères financières et politiques vont probablement se déstabiliser. Nos repères les plus habituels et les plus fondamentaux seront potentiellement remis en cause dans un futur proche. Pour certains, il devient aujourd’hui quasi impossible de penser une issue viable à la situation actuelle. Nous pensons à la détresse de nos petits entrepreneurs, nos intérimaires, nos agriculteurs et tant d’autres.

Si nous visons cette expérience de prise de conscience de manière suffisamment sereine, alors c’est que nous sommes en train de préparer l’avenir

Combien de vieilles certitudes seront balayées par cette expérience de quelques semaines :

●       “En fait” mon voisin compte pour moi, “En fait” la solidarité collective existe, “En fait” je suis prêt à certains sacrifices pour le bien commun, “En fait” le cynisme et les langues de bois ne font plus le poid devant la réalité que j’observe directement

●       “En fait” Ma famille a besoin de moi, “En fait” je peux y jouer un rôle plus investi et peut-être ne pas tout déléguer à d’autres dans le développement et l’épanouissement de mes enfants, de mon conjoint, de mes parents

●       “En fait” Je peux travailler autrement, “En fait” l’entreprise peut compter sur moi pour créer de nouvelles pratiques de travail, de collaboration, d’entraide, “En fait” elle peut prendre en compte ma spécificité dans une certaine mesure

●       “En fait” Le système économique mondial peut ralentir, l’intelligence collective des entreprises est possible (pour produire du matériel médical par exemple), “En fait” le choix des vies humaines pèse un certain poid face à l’économie, la finance, les décisions politiques. “En fait” la production plus locale, la moindre interdépendance des nations face aux besoins essentiels redeviennent des questions permises. “En fait” des solutions nouvelles de financement privé et publique semblent émerger

… et après ?

Certes, ce qui nous attend est plus qu’incertain. Mais la remise en question que permet cette crise laisse présager une foultitude d’opportunités pour nous engager dans une transformation de nos civilisations dans une meilleure cohérence avec notre nature Humaine et avec notre écosystème-Terre.

Nos inquiétudes d’aujourd’hui sont le terreau de nos actions de demain. Alors commençons dès maintenant à imaginer l’après, avec autant de créativité que nous gérons nos quotidiens en ce moment. Donnons une perspective et du sens à ce qui s’annonce, pour être les acteurs de nos vies. Alors, à notre fébrilité qui est toute légitime, peut se mêler l’espoir et la confiance pour notre santé d’aujourd’hui et notre qualité de vie de demain.

Kanguru est un jeune cabinet de conseil et de coaching qui vous accompagne dans la gestion de vos risques psychosociaux. Et notre ambition a la force de notre jeunesse et s’appuie sur des experts qui ont un sérieux bagage et la capacité de construire des solutions concrètes dans des environnements complexes. Toute entreprise qui souhaite développer sa valeur humaine en cohérence avec sa valeur environnementale et sa valeur économique, est pour nous un partenaire d’excellence pour inventer les entreprises et la Société de demain.

Vincent Buhler, Directeur Associé de Kanguru Conseil.