Dans une entreprise québécoise, la question du secourisme arrive souvent sur le bureau des RH au moment d’un départ. La personne formée quitte l’équipe, son certificat part avec elle, et l’établissement se retrouve sans secouriste désigné sans que personne ne l’ait remarqué. Le secourisme en milieu de travail relève pourtant d’un règlement précis, et cette responsabilité revient à l’employeur.
Au Québec, le texte de référence est un règlement sur les normes minimales de premiers secours, rattaché à la Loi sur la santé et la sécurité du travail et appliqué par la CNESST. Sa version à jour au 1er juillet 2026 intègre des modifications adoptées cette année, notamment sur le certificat de secourisme. Pour une équipe RH, le travail consiste à traduire ces articles en effectifs, en calendrier de recyclage et en budget.
Combien de secouristes prévoir selon l’effectif
L’employeur doit assurer la présence, en tout temps durant les heures de travail, d’au moins un secouriste lorsque 50 travailleurs ou moins sont présents en même temps, puis d’une personne supplémentaire pour chaque centaine ou fraction de centaine additionnelle. Les personnes présentes moins de 30 minutes ne comptent pas dans ce calcul.
Le mot important pour la CNESST est « simultanément ». Une usine de 180 employés répartis sur deux quarts de 90 personnes a besoin de deux secouristes sur chaque quart. Le même site avec 180 personnes présentes en même temps doit en compter trois. Pour garantir une présence en cas d’urgence, les vacances, les congés de maladie et les pauses doivent aussi être couverts, ce qui pousse la plupart des services RH à former une ou deux personnes de plus que le minimum.
Pour une PME de la Capitale-Nationale, réserver une session de groupe sur place est souvent la solution la plus simple. Plusieurs organismes de la région le proposent, et un employeur qui cherche une formation RCR à Québec peut faire venir un moniteur dans ses locaux pour former tout un quart de travail en une journée. Médic, partenaire de formation de la Croix-Rouge canadienne dans la grande région de Québec depuis plus de 25 ans, indique avoir formé plus de 120 000 personnes au sein de plus de 540 entreprises, associations et groupes.
Les chantiers obéissent à des seuils distincts. Sur un chantier, le maître d’œuvre doit assurer une présence formée dès que 10 à 50 travailleurs sont présents en même temps. Les travaux d’aménagement forestier ont leur propre tableau, avec une personne formée jusqu’à 5 travailleurs et deux de 6 à 10.
Le certificat de secourisme et son recyclage
Au sens du règlement, le secouriste est une personne titulaire d’un certificat valide, une infirmière ou un infirmier, désignée par l’employeur pour cette fonction. Depuis la modification de 2026, le certificat doit être délivré par un organisme reconnu par la CNESST, après une formation qui couvre les compétences de la norme CSA Z1210 au niveau intermédiaire, avec une démonstration pratique des gestes.
Ce certificat est valide pour une durée maximale de 3 ans à partir de sa délivrance. Un tableau de suivi des dates d’expiration, mis à jour à chaque embauche et à chaque départ, évite la situation décrite plus haut. Côté sécurité, programmer le recyclage trois à quatre mois avant l’échéance laisse le temps de trouver une date de cours qui convient à la production. Chez Médic, le cours de secourisme intermédiaire/général avec RCR/DEA de la Croix-Rouge dure 16 heures en formule mixte.
Le règlement règle aussi la question du temps de travail. La personne désignée qui n’a pas encore son certificat peut s’absenter sans perte de salaire le temps de l’obtenir ou de le renouveler. Les frais de déplacement sont à la charge de l’employeur lorsque le cours est donné à 40 km ou moins de l’établissement.

Trousses, affichage et registre
En milieu de travail, l’établissement doit avoir un nombre adéquat de trousses d’urgence faciles d’accès, conformes à la norme CSA Z1220, tenues propres et complètes. Un véhicule qui transporte des travailleurs hors de portée d’une trousse doit en avoir une à bord.
Le nom, la fonction et le lieu de travail de chaque secouriste doivent figurer sur une affiche visible. Un système de communication avec les services de premiers soins doit être disponible immédiatement, avec la marche à suivre indiquée à côté. Au-delà de 100 travailleurs, l’employeur doit aussi aménager un local où l’intervenant peut agir, équipé entre autres d’une civière, d’une table et de deux chaises.
Chaque intervention donne lieu à un rapport du secouriste : nom du travailleur, date, heure, description de la blessure et soins donnés. L’employeur conserve ces rapports dans un registre, et chaque travailleur a accès aux informations qui le concernent. Pour les RH et le comité de santé et sécurité, ce registre sert aussi d’indicateur de prévention, puisqu’il montre quels postes génèrent le plus de petites blessures.
Un poste budgétaire à planifier
L’article 18 du règlement québécois sur le secourisme en milieu de travail met à la charge de l’employeur les coûts d’instauration et de maintien des services de premiers secours. Formation, recyclage, trousses et affichage entrent donc dans le budget santé et sécurité annuel, que la CNESST peut vérifier lors d’une inspection. En milieu de travail, une entreprise qui planifie ses renouvellements sur trois ans peut regrouper les sessions, former ses équipes sur place et garder en tout temps le nombre de secouristes exigé sur chaque quart.
Le dispositif de premiers secours s’inscrit aussi dans une démarche plus large de prévention des risques professionnels, particulièrement lorsque certains salariés travaillent seuls ou à distance des équipes. Les mesures à prévoir pour ces situations sont détaillées dans ce guide sur les risques professionnels et la protection des travailleurs isolés.

